Portrait de Sébastien Montaz-Rosset

Sébastien Montaz-Rosset skiant l'arête Kuffner

Kilian Jornet et Vivian Bruchez skiant l'éperon Migot au Chardonnet

Kilian Jornet et Vivian Bruchez au sommet des Courtes avant la descente de la face Nord

Vivian Bruchez et Douds Charlet au sommet du couloir Frigor

Vivian Bruchez skiant le couloir Frigor

Vivian Bruchez et Kilian Jornet au départ de l'éperon Migot au Chardonnay

Crédits photos : Sébastien Montaz-Rosset

Interview de Sébastien Montaz-Rosset

Montagne en Scène : Salut Seb ! On te connait surtout à travers tes réalisations “I believe I can fly”, “One Step Beyond”, “A Fine Line”, “Little Red Bus”. Comment en es-tu venu à la montagne et à l’image ?

 

Sébastien Montaz-Rosset : Ce sont des choses qui sont venues naturellement.

J’ai grandi en station, aux Arcs. Depuis que je suis gamin, j’ai toujours skié et couru dans les montagnes. J’ai passé le guide sans vraiment que ce soit un plan de carrière. Lorsque j’étais aspirant guide, j’ai toujours filmé mes clients en course. C’est à la fois un défaut et une qualité mais ça a toujours été impensable pour moi de faire une belle course sans la mettre en image.

Je pense qu’on a ces choses-là en soi et après on les développe. Dans la façon que j’ai de filmer, il y a beaucoup d’inné. Au même titre que le tournage, ça a d’abord été du dessin, de la photographie, de la peinture, ce qui m’a permis de me faire un œil par rapport au cadrage. Toute ma vie, j’ai mis en image ce que je voyais.

 

 

MES : Selon toi, quels sont les ingrédients clés pour faire un bon film ?

 

Seb : Ce qu’il faut c’est une belle histoire, des belles personnes, de l’humour.

L’humour, c’est à mon avis le sentiment le plus dur à provoquer. Quand on a la chance d’avoir de l’humour, il faut absolument l’exploiter.

Et éventuellement, il faut de la belle action et des beaux paysages, mais ça, pour moi, c’est secondaire et je pense qu’il y a trop de films qui s’attachent à l’action en oubliant l’histoire ou les gens.

Finalement, le secret c’est la curiosité et le sens de l’observation.

 

 

MES : Quels conseils donnerais-tu à une personne qui voudrait vivre de sa passion pour l’image ?

 

Seb : Ces dernières années, les belles images sont devenues très accessibles financièrement. Il y a 6-7ans, il fallait des caméras à 30 000€ pour avoir un rendu cinématographique. Mais la contrepartie, c’est qu’il y a beaucoup de talents émergents et qu’il faut sortir du lot. Il y a une explosion des contenus très qualitatifs sur internet notamment.

Moi, je suis toute la journée sur internet. Je vois ce qui se fait et je suis très au fait de la technologie mais il me semble que l’esthétique de l’image n’est plus suffisante. Il ne faut pas être meilleur que les autres, il faut chercher à être différent.

 

 

MES : Impossible de parler de toi sans parler de ton film culte « I believe I can fly ». A quoi t’attendais-tu en le réalisant ?

 

Seb : « I believe I can fly », c’était une vidéo parmi des centaines que je faisais. Il a été tourné en 7 jours, sans budget et on a même du me convaincre de le mettre en ligne et de le vendre.

Il représente la culture de l’instant où le tournage précède l’action sans mise en scène des choses. C’est un style particulier, entre le documentaire et le film, on ne sait pas trop où le situer. Quand ils le voient, les gens me disent : « J’avais l’impression de faire partie de l’histoire. ».

On ne peut pas anticiper chaque action, moi je me suis contenté de filmer des choses avec des gens qui faisaient des trucs exceptionnels. Et en même temps plein de gens se sont identifiés à Tancrède et Julien ou aux jeunes filles au bord de la falaise, qui étaient des randonneuses pas du tout prévues. Elles sont arrivées, je les ai vues ¾ d’heure dans ma vie et je ne les ai plus revues après.

Ce sont les concours de circonstances qui font le succès d’un film, et tout ça, ça ne se planifie pas. Il faut filmer tous les jours pour avoir des moments de magie comme ça.

 

 

MES : Est-ce que ça te gène que tes nouveaux films soient systématiquement comparés à « I believe » ?

 

Seb : Non ça ne me gêne pas du tout. On l’a comparé à « La vie au bout des doigts » même si je pense que la comparaison doit être mesurée.

Personnellement, j’ai du mal à le revoir parce que j’y vois beaucoup d’imperfections.

En même temps je comprends pourquoi ça a plu. A chaque fois que je sors un nouveau film je me dis « Ah, ça c’est meilleur ! », mais finalement c’est le public qui juge nos créations et apparemment, c’est toujours celui-là qui reste une référence !

 

 

MES : Et quels sont tes prochains projets ?

 

Seb : J’ai un grand projet depuis 3-4 ans, c’est de faire la suite du superbe documentaire sur la vie de Karina Hollekim qui s’appelle « 20 seconds of joy ». C’est l’un des meilleurs films de montagne pour moi, et en même temps l’un des pires car il montre une montagne très noire… J’ai des belles images maintenant il faut que je le finisse.

J’ai aussi le projet de Kilian Jornet « Summits of my life ». On sort le 2ème opus cet hiver sur ses courses à l’Elbrouz, au Cervin et au Mont-Blanc.

 

 

MES : Kilian est un athlète hors norme. Est-ce que c’est compliqué de le suivre et de le filmer dans son projet « Summits of my life » ?

 

Seb : « Summits » c’est compliqué sans être compliqué.

On se rend vite compte que ce n’est pas la peine d’essayer de suivre Kilian. Personne n’y arrive et surtout pas moi. En plus, il a une telle capacité de récupération qu’il peut faire des courses en montagne tous les jours, donc il faut s’organiser. Mais ce n’est pas compliqué dans la mesure où ce que veut Kilian cette année c’est un film qui soit très vrai, qui lui ressemble, pas écrit.

Le premier film servait à décrire Kilian, à situer le personnage. Il fallait montrer que ce n’était pas qu’un coureur mais qu’il est surtout un montagnard et un skieur. Il fallait également situer le projet « Summits ». Donc c’était quelque chose de très didactique, relativement classique j’ai envie de dire.

Le deuxième film est beaucoup plus dans l’action au moment où elle se passe, il y a très peu de voix off. C’est quelque chose de très léger, plus dans la veine de « I believe I can fly ». Tout est mouvant, il n’y a aucun storyboard. On prend ce qui vient.

 

 

MES : L’objectif de « Summits of my Life » c’est aussi de finir en Himalaya avec l’ascension de l’Everest. Tu penses que ça va être un nouveau défi ?

 

Seb : Oui, mais je ne sais pas trop où on va. Kilian lui-même ne le sait pas et ne veut pas se projeter. Apparemment il est très très bien en altitude d’après ce qu’il a ressenti en Himalaya cet hiver. Mais au-dessus de 8000, il ne connait pas et moi non plus je ne connais pas, je ne suis jamais monté au dessus de 7000.

Effectivement, le challenge de filmer là-haut va être compliqué, mais il faut qu’on voit, on prend les choses petit à petit.

Kilian, lui, va de plus en plus en montagne avec ses mentors : Jordi Tosas et Jordi Corominas, qui sont des Himalayistes incroyables. Et il garde toujours sa culture de la légèreté extrême, c’est-à-dire qu’il part du bas de la vallée, voire de Katmandou pour aller vers un sommet en Himalaya !

 

 

MES : Parle-nous du film « T'es pas bien là ? » à l’affiche de Montagne en Scène.

 

Seb : J’ai fait ce film de pente raide autour de Vivian Bruchez.

Vivian, c’est vraiment une belle personne, c’est le anti-héros, c’est le mec hyper doué qui se prend pas au sérieux. J’adore parce que ce décalage nous permet de parler de ski de pente raide.

Souvent, on confond le ski de pente raide et le freeride. Le ski de pente raide c’est quand c’est vraiment raide et qu’on n’a pas le droit à la chute, c’est pas d’envoyer un backflip sur des barres rocheuses...

Ca fait longtemps qu’il n’y a pas eu de vrai film de ski de pente raide. On n’a pas la prétention de faire aussi bien que ce qu’il se faisait à l’âge d’or, à la Blanche de Peuterey avec Anselm Baud et autres, mais c’est un petit peu dans cette lignée-là que je voudrais inscrire ce film.

 

 

MES : Quelles sont les difficultés techniques de filmer en pente raide ?

 

Seb : Il y a plein de façons de faire un film selon la manière dont tu te positionnes par rapport à l’action.

Tu peux le faire de l’extérieur et là, on a des outils qui sont simples. Il suffit de prendre un hélicoptère et de faire des interviews.

Si tu veux être dans l’action, à l’instant précis, c’est là que ça devient compliqué parce que ça demande des capacités techniques, physiques et mentales. Il faut être dans les pentes avec les athlètes pour capter les conversations et moi c’est clairement ce que je recherchais. J’ai la chance d’aimer le ski de pente raide moi-même donc j’ai pu coller au plus près de l’action.

En plus de ça, il faut amener des images plus cinématographiques avec de l’hélico et autre, parce que vendre un film c’est un tout. Ce n’est pas une vidéo gratuite. Et pour moi, le public attend de l’exceptionnel donc je veux délivrer de l’exceptionnel. Je me suis beaucoup investi physiquement et humainement pour cela.

 

 

Les must de Seb Montaz :

 

Un film :

C’est super dur comme question ! Peut-être ce film, sorti il y a 2 ans, qui m’avait plu : Magic Mike de Steven Soderbergh

Un réalisateur : 

Guy Richie, le réalisateur de Snatch

Une musique :

La 9ème symphonie de Beethoven

Une course en montagne :

L’arête Ouest du Weisshorn

Un plat :

Spaghetti al Pesto

Un voyage :

Le prochain, celui que je n’ai pas encore fait, qu’on ne connait

pas encore ! L’Antarctique…

Une découverte :

C’est une vidéo amateur d’une nuée d’oiseaux qui volent par milliers filmée par deux filles dans un bateau. Ca bouge, c’est mal filmé, mais cette vidéo raconte bien ce que j’aimerais filmer tous les jours. Des moments magiques, pas forcément planifiés.

Finalement, ce n’est pas la peine d’avoir du bon matos, des équipes de tournage et des storyboard, c’est juste l’instant qui compte. Cette vidéo reste inscrite dansma mémoire et quand je filme, j’y pense souvent.

http://www.youtube.com/watch?v=oW3exmnm5AY

 

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Achetez les films de Sébastien Montaz-Rosset sur :

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